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L'oeuvre du mois

Né dans le nord de l’Angleterre, Gardner se rendit vers 1767 à Londres où il devint élève de la Royal Academy of Arts en 1770. Gardner collabora vers 1773 avec le grand portraitiste Joshua Reynold, s’inspirant de son style et devenant l’un de ses amis proches. D’éminentes personnalités londoniennes le sollicitèrent pour ses effigies pleines de charme et de vie, brillamment exécutées. Gardner aimait en effet mélanger différentes techniques, en particulier la gouache pour sa matière fluide et couvrante avec le pastel à l’effet délicatement poudré, comme c’est le cas ici. 

 

Ce portrait s’inscrit dans une série de représentations familiales de Gardner, qui adopte un format resserré pour évoquer le cadre intimiste et les relations sentimentales. La mère serrant tendrement son enfant contre son sein dans une composition ovale rappelle les Madones de la Renaissance italienne, en particulier un célèbre tableau de Raphaël, la Vierge à la chaise conservée au palais Pitti à Florence. Il est vrai que le thème de la maternité est longtemps resté associé dans l’art européen à l’image religieuse de Marie et Jésus, mais il devient de plus en plus répandu au XVIIIe siècle pour figurer des mères contemporaines et leur progéniture. Gardner décrit ainsi le regard tendre et admiratif de la petite fille vers sa mère, qui elle fixe le spectateur avec douceur et bienveillance. L’attention maternelle se double ainsi d’une dignité aristocratique, matérialisée aussi par le bouquet de fleurs et l’imposante colonne, où considérations privées et publiques se croisent. Les portraitistes anglais du XVIIIe siècle cherchent en effet à rendre tant la psychologie individuelle du modèle que ses prétentions sociales, souvent véhiculées par un élégant fond d’architecture : il s’agit d’une idée héritée d’Antoon van Dyck (1599-1641), brillant portraitiste flamand qui acheva sa carrière en Angleterre avec une influence durable.

Le modèle de Gardner, Eleanor Eden, devint Lady Auckland en épousant en 1776 William Eden, qui mena une carrière politique et diplomatique. Le premier lord Auckland vint à Paris en 1786 pour négocier un accord commercial entre la France et l’Angleterre. Sa femme fut très appréciée de la reine : Marie-Antoinette lui fit don d’une table à ouvrage et d’un pupitre à musique aujourd’hui visibles au Victoria & Albert Museum à Londres. Quant à Lord Auckland, son action à la cour de France permit de signer le 26 septembre 1786 le traité Eden-Rayneval, très favorable à l’Angleterre qui avait déjà entamé sa révolution industrielle. Ce traité, qui lésa de nombreux artisans français face à l’arrivée massive de produits d’Outre-Manche, a pu être tenu pour l’une des causes indirectes de la Révolution…

Benjamin COUILLEAUX, conservateur du patrimoine, musée Cognacq-Jay

 

GARDNER Daniel  (Kendal, 1750-Kendal, 1805)  Portrait d’Eleanor Eden, plus tard Lady Auckland, et de sa fille Eleonor Agnes, plus tard comtesse de Buckingamshire Gouache retravaillée à la pointe, avec rehauts de pastel en aplats, sur papier ovale marouflé sur toile 54,5x46,5 cm

Accès, horaires, accessibilité

Musée Cognacq-Jay
8 rue Elzévir
75 003 Paris

Tél : 01 40 27 07 21
Métro : Saint-Paul (L1), Chemin-Vert (L8), Rambuteau (L11)
Bus : 29, 69, 76, 96

Ouvert de 10h à 18h, du mardi au dimanche
Fermé le lundi et certains jours fériés

Attention : en raison des manifestations prévues à Paris, le musée Cognacq-Jay sera exceptionnellement fermé au public le samedi 8 décembre 2018.

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